ECOFEST : Le Cousinage à plaisanterie, gage d’une cohésion sociale


Plusieurs acteurs culturels et sociologues africains se sont réunis jeudi 4 décembre auMonument de la Renaissance Africaine pour discuter du rôle fondamental du cousinage àplaisanterie dans les sociétés africaines.
Placée sous le thème « Le Cousinage à Plaisanterie : un Vecteur de Cohésion Sociale et deréconciliation au service de la Renaissance africaine », la conférence a exploré les avantageset les limites de cette tradition sociale qui transcende les générations.
Cette rencontre est organisée sur initiative du Monument de la Renaissance Africaine,I’Association « Mbokatoor Maasir » et les communautés ouest -africaines présentes auSénégal, en marge du Festival des Arts et de la Culture de l’Afrique de l’Ouest (ECOFEST2025).
Le cousinage à plaisanterie fait partie du riche patrimoine culturel immatériel qui constitue lesocle de l’identité africaine et un levier puissant pour son développement. Les appellationsdifférent d’un pays à un autre (« Kal ou Maasir» au Sénégal, « Toukpé » en Côte d’Ivoire« «Sanankouya » au Mali et « Rakiré » au Burkina Faso.
Ce mécanisme de régulation sociale, qui autorise et encadre la moquerie, la raillerie et lesjoutes verbales entre certains groupes ethniques, familiaux ou professionnels, ahistoriquement joué un rôle crucial dans la prévention, la dédramatisation et la résolution desconflits, le renforcement des liens intercommunautaires et la promotion de la paix.
Pour le sociologue tchadien, Mbete Nangmbatnan Félix, la parenté à plaisanterie, chez lescommunautés Sara, est un outil philosophique ancien utilisé pour dire des vérités, désamorcerles tensions et renforcer les alliances, notammentà travers le mariage exogamique.« Ces pratiques trouvent leurs racines dans les traditions pharaoniques mises en lumière par lesavant sénégalais et africain, Cheikh Anta Diop », a fait savoir le spécialiste en sauvegardesociale, appelant les autorités africaines à soutenir les chefferies traditionnelles afin depréserver cette cohésion.
Dans un contexte africain et mondial marqué par des tensions identitaires, des conflits communautaires et des défis liés à lintégration sous-régionale, alors que le Sénégal accueille la première édition d’ECOFEST (Festival ouest-africain des Arts et de la Culture), sous lethème « Mutations et crises politiques en Afrique de l’Ouest : Que peut faire la Culture ? », ilest impératif de revisiter les pratiques endogènes.Le Coordonnateur du Forum Social Sénégalais, Mamadou Mignane Diouf explique que le cousinage à plaisanterie est une valeur qui remonte aux grands empires africains.Le cousinage à plaisanterie, souligne-t-il, a permis aux peuples de cohabiter malgré leursdifférences.
Pour perpétrer cette pratique millénaire dans toute la région ouest-africaine, il propose qu’unerencontre soit organisée en Côte d’Ivoire ou dans un pays de la sous-région, pour permettre devulgariser davantage l’apport du cousinage à plaisanterie dans la stabilité sociale et lapacification de l’espace communautaire.
L’Administrateur général du Monument de la Renaissance Africaine, Birame Mbarou Diouf,s’est, pour sa part, félicité de la création de ce cadre de réflexion académique et culturelle, enmarge d’ECOFEST.Selon lui, cette tradition séculaire se veut un vecteur de cohésion sociale et d’intégration sous-régionale.
C’est pourquoi, il remercie les Commissions de la Cedeao et de l’Uemoa, ainsi que leMinistère de la Culture pour l’organisation de cette conférence sur une thématiquesocialisante « Le Cousinage à Plaisanterie : un Vecteur de Cohésion Sociale et deréconciliation au service de la Renaissance africaine ».Toutefois, le cousinage à plaisanterie n’a pas pu régler les conflits.« Nous sommes dans un contexte où de plus en plus il y a beaucoup de conflits qui sont entrain de naître à travers 1’Afrique et dans le reste du monde », a fait remarquer le modérateurde la conférence, Mamadou Mignane Diouf.
Il soutient, en effet, que ce patrimoine immatériel mérite d’être préservé en démultipliant lescadres d’échanges dans les universités, les écoles, dans les quartiers et espaces culturels, avecle concours des chefferies traditionnelles.« Avons-nous accepté, qu’avec les Etats modernes, on nous demande d’oublier nos royaumesalors que des États modernes comme la Grande-Bretagne, la Belgique ou la Norvège ontconservé leur couronnes ? », s’interroge M. Diouf.
Il estime fondamental de conserver « nos têtes couronnées à côté de 1’Etat central » pour créerun arbitrage équilibré dans la gestion des questions politiques et des conflits sociaux.« Je crois que ce n’est pas antinomique de pouvoir conserver aussi certaines de nos couronnesqui peuvent aider l’Etat moderne à mieux fonctionner », a-t-il conclu.






